Portrait de Camille Le Sidaner

La Table au pavillon, Gerberoy

La Tonnelle, Gerberoy

La Rue de l'Eglise, Villefranche-su-Mer



LES INTIMISTES

Le mouvement intimiste s'est formé à l'école de la nature, mais ses interprètes appartiennent à la génération héroïque du symbolisme. Issus de Corot et de l'impressionnisme, leur univers poétique est révélé par Puvis de Chavannes qui impose à toute une génération sa contemplation d’un paradis perdu. Dans le même temps, l'artiste discret qu'est Fantin-Latour devient objet d'imitation pour la douceur de ses harmonies et de son dessin, tandis que Whistler se distingue par le raffinement de ses Symphonies et de ses Nocturnes. Eugène Carrière enfin, en peignant des maternités et des portraits à l’humanité grave et profonde devient objet de vénération des créateurs et de la critique de l'époque.

Edmond Aman-Jean, Ernest Laurent, Henri Martin et Henri Le Sidaner seront à l'évidence les artistes les plus fidèles à cet esprit.

Aman-Jean est presque exclusivement un merveilleux portraitiste de la femme alanguie et voluptueuse.

Ernest Laurent, comme Aman-Jean, reste avant tout un peintre de figures, celui-là même que Carrière désigne comme son successeur. Sans doute est-il le dernier grand peintre à pratiquer l'art du portrait psychologique.

L’œuvre de Henri Martin, que Puvis annonce comme son héritier, est probablement la plus complexe et la plus riche, aussi celle qui témoigne de la plus grande humilité face au spectacle de la nature.

Le Sidaner enfin, propose une vision de la nature repensée par le souvenir.

Empruntent également à l’esprit de l’intimité, leurs amis René Ménard, Charles Cottet, Lucien Simon, Henri Duhem et Emile Claus adeptes d’une peinture délicate elle aussi éprise de nature. De même, Albert Besnard, Jacques Emile Blanche, Gaston Latouche ou Fritz Thaulow.

Issus de l’Ecole des Beaux-Arts, ces artistes passionnés et sincères rejettent les maîtres de l’académisme, mais ne sont guère tentés par le divisionnisme de Seurat ou la synthèse de Gauguin. Tous exposent aux Salons des Artistes Français et de la Société Nationales, sont médaillé à l’exposition Universelle de 1900, et créent ensemble, la même année, à la galerie Georges Petit, le groupe la Société Nouvelle, puis enfin le Salon des Tuileries.

Le mouvement intimiste cherche à exprimer la poésie latente des choses, à travers le paysage d’évocation et le portrait psychologique. Ses interprètes proposent avant tout une vision sentimentale des êtres et de la nature, entre réalisme et idéalisme. En ce début du siècle, cette peinture devient l'étendard de l'art français. Au succès public s'ajoute, de Roger Marx à Louis Vauxcelles, de Charles Morice à Gustave Kahn, la louange de la critique.

On le sait à présent, l’art moderne, promoteur du concept de pure peinture, choisira de suivre une voie bien éloignée des préoccupations des peintres du sentiment. Mais au-delà des questions de mode et d'école, celui qui a le loisir de donner son attention à une toile d’intimité, qui laisse son impression se modifier au gré des heures et des variations de la lumière, celui-là pourra éprouver un réel plaisir à partager la concentration d’artistes qui furent pendant plusieurs décennies, la gloire de l’Art français.